Comme vous je suis inquiet mais je veux y croire...

Publié le par Jean-Philippe GARCIA Secrétaire de Section


Les archives de l'Humanité

Version impression Envoyer cet article
Politique
« Si elle est élue, on est élus derrière »

Dans la puissante fédération des Bouches-du-Rhône, les dés semblaient jetés en faveur de la présidente de la région Poitou-Charentes.

Marseille (Bouches-du-Rhône),

correspondant régional.

Soirée studieuse au 15, rue des Fours, à Martigues. Dans le local exigu de la section socialiste de la Venise provençale, pas un mot plus haut que l’autre pendant les deux heures de débat. Ce 8 novembre, on est encore loin des vapeurs des fins de campagne. Une vingtaine de militants sont venus participer à un débat avec les représentants des trois candidats à la candidature. Dans le « bastion rouge » qu’est Martigues (45 000 habitants), la section socialiste ne compte que 62 adhérents. Peu importe : quelques « poids lourds » locaux ont traîné leur bâton de pèlerin jusqu’ici. Mario Martinet, secrétaire fédéral à l’organisation, venu en voisin de Rognac, dont il dirige la section, ouvre le bal. Ancien rocardien, il soutient DSK et ne supporte pas que « les sondages prennent le pas sur les idées. Le scénario Ségo-Sarko est insupportable ». Puis il essaie d’enfoncer l’un des arguments principaux de la candidature Royal : « Quel que soit le candidat socialiste, il sera présent au second tour. » Sans convaincre dans cette section plutôt « ségoliste ». Avant d’appeler au réalisme : « Les marges sont étroites »,

« Si on veut faire au pouvoir ce que l’on promet pendant la campagne, il faut être moins ambitieux ». Sans vraiment faire rêver.

Arrive Sylvie Andrieux, députée de la 7e circonscription dans les quartiers Nord de Marseille. Durant toutes ces dernières semaines, elle a effectué la tournée de sa « circo ». « Mon baromètre, c’est la rue, pas les sondages. Les gens souffrent. Je vous le dis : ce ne sera pas facile en 2007. » Cette fabiusienne de toujours défend « son » candidat : « Fabius fait des réponses précises aux problèmes quotidiens et à ce que j’entends sur le terrain : la gauche nous a déçus. » Au passage, elle lâche une petite pique à la manie des sondages : « Kouchner et Veil ont toujours été en tête des sondages, ils n’ont jamais été élus. » Dernier à prendre place, Jean-David Ciot, trésorier fédéral, retricote le canevas « ségoliste » : « Sa candidature répond aux problèmes posés depuis des années et auxquels nous n’avons pas répondu. » « L’un des apports de Ségolène, c’est la politique participative. Si on veut réimpliquer les gens dans la politique, il faut aller dans cette voie-là. »

La parole est aux participants. Des questions sur la crédibilité des propositions de Fabius, une remarque sur la nécessité de réellement prendre en compte la diversité de la France. Mais c’est principalement le concept de démocratie participative qui accroche. « Cela évite la désaffection des gens vis-à-vis de la politique », assure un militant. « Nous avons souvent été insuffisants dans l’application de la démocratie participative », reconnaît Sylvie Andrieux. Jean-David Ciot en profite : « La démocratie participative, c’est le passage à l’action. Cela réintroduit de la responsabilité ? Les jurys font partie de la démocratie participative. » Sylvie Andrieux met en garde : « Dans notre société où les repères sont brouillés, attention que cela ne verse pas dans l’anti-politique ou l’antiparlementarisme. Attention de ne pas désigner les élus à la vindicte populaire. » Jusque-là, silencieuse, la direction de section intervient, en guise de conclusion, par la voix du secrétaire adjoint de section : « Dans la rue, j’entends souvent : "Ségolène parle comme nous." Sur l’insécurité comme sur l’école, elle a parlé des problèmes immédiats. » Fin de la soirée.

Ici, la salle est plus grande. Située au rez-de-chaussée de la fédération socialiste en plein centre de Marseille, elle accueille deux sections du centre-ville : celle du populaire 1er arrondissement et du très chic 7e, tous deux formant la troisième circonscription des Bouches-du-Rhône. Près de 350 adhérents au total dont une centaine de nouveaux qui ont bénéficié de l’« offre » à vingt euros. Selon Louis Fabre, secrétaire de la section du 7e arrondissement, « il y a pas mal de jeunes, beaucoup de femmes et quelques vieux routards qui sont revenus. Les jeunes sont venus pour que ça bouge, pour bousculer les éléphants. Ils sont plutôt pour Ségolène ». Selon un recensement réalisé par la fédération, les cadres supérieurs et les professions libérales sont surreprésentés dans cette catégorie des « néos ». Ici, on est en plein fief ségoliste. Le candidat désigné pour la 3e « circo » n’est autre que Patrick Mennucci, mandataire national de Ségolène Royal. Eugène Caselli, premier secrétaire, a pris les rênes de Désirs d’avenir dans le département. Ce que regrette une nouvelle adhérente : « On parle beaucoup de démocratie participative mais je ne suis pas satisfaite de la façon dont ça se déroule au PS. J’entends partout que la fédération des Bouches-du-Rhône soutient Ségolène, alors que les militants n’ont pas encore voté. »

La soirée tourne au plébiscite. Bernard, un vieux de la vieille : « La démocratie est autant en danger actuellement qu’entre les deux guerres mondiales. La démocratie participative est absolument essentielle. » Michèle, nouvelle adhérente quinquagénaire : « J’ai rejoint le PS parce que je suis de gauche et qu’il faut en finir avec la droite. J’ai voté "non" à la constitution européenne. Fabius était plutôt ma tasse de thé, mais bon le pauvre... Après avoir discuté, j’ai choisi Ségolène. Parce qu’elle peut faire gagner la gauche. » Une autre nouvelle adhérente : « Après m’être posé plein de questions, j’ai choisi Ségolène. C’est l’alliage Ségolène-Montebourg qui m’a plu pour rassembler le "oui" et le "non". » Jean-Pierre, partisan du « non » au référendum, lui, résiste encore à la tentation majoritaire même s’il ne reste pas insensible aux sirènes participatives : « Je ne sais pas encore qui je vais choisir. La question de la démocratie participative est intéressante. Le problème, c’est la façon dont elle l’aborde. Cela ne se décrète pas par l’intermédiaire du tirage au sort. »

Dans cette puissante fédération, les dés semblent donc jetés pour la présidente de la région Poitou-Charentes. Gérard Perrier, syndicaliste enseignant, membre de Pour une République sociale (PRS) de Jean-Luc Mélenchon, ne peut que constater les « dégâts » : « Quand je présente la candidature de Fabius dans la section du 5e arrondissement de Marseille, on me dit souvent : tes critiques sont peut-être justes mais elle va gagner. Ceux qui étaient pour Tapie à Marseille en 1994-1995, on les retrouve derrière Ségolène.

C’est le même raisonnement : la popularité conduit à la victoire. Et comme le PS est un parti d’élus, la relation est simple : si elle est élue, on est élus derrière. » C’est justement l’hypothétique après-élection qui inquiète Jean-Philippe Garcia, « ancien communiste », secrétaire de la section de Port-de-Bouc : « On a intérêt, si elle est élue, de ne pas décevoir. Sinon, on va fabriquer un deuxième séisme. Elle ne peut pas, quand même pas, aller devant les Français en disant seulement qu’il faut encadrer militairement les jeunes qui dérapent. » Gérard Perrier ne voit pas aussi loin que mai 2007. Reprenant l’apostrophe du réalisateur Nanni Moretti au leader de la gauche italienne Massimo d’Alema, il lâche : « Je serai très embarrassé pour faire campagne pour une personnalité qui n’a rien dit de gauche. Elle s’appuie sur les frustrations d’un peuple qui souffre. Mais on ne peut pas construire le progrès là-dessus. »

Christophe Deroubaix

Publié dans Les présidentielles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article