Les promesses électorales s'envolent...

Publié le par Jean-Philippe GARCIA Secrétaire de Section

ARGU’ EXPRESS : LA CRISE D’AIRBUS

" Sauvons l’aéronautique" 

Les origines de la crise

Le nouveau PDG d’Airbus et co-PDG d’EADS, Louis Gallois, a présenté devant le comité d’entreprise, le 28 février, le plan baptisé POWER 8, sur l’avenir de l’entreprise. Il prévoit notamment :

La suppression de 10 000 emplois en Europe, (50% de salariés d’Airbus et 50% de sous-traitants), dont 4 300 en France.

La fermeture et la filialisation de certains sites : celui de Méaulte en Picardie sera ouvert, par exemple, à des partenaires privés susceptibles d’en prendre à terme le contrôle. Le site de Saint-Nazaire-Ville continuera à travailler avec Airbus, avant un éventuel rachat par des fournisseurs ou par les salariés.

L’assemblage final de l’A350 revient à Toulouse. L’assemblage de l’A320 est progressivement transféré vers Hambourg. Ce plan propose des solutions à la grave crise que traverse l’entreprise qui fait suite, notamment, à la découverte de problèmes industriels importants entraînant des retards dans la construction du gros-porteur A380. Ces raisons, associées à la révélation de possibles scandales financiers, avaient entraîné, en juillet dernier, le départ de Noël Forgeard, alors PDG d’Airbus et d’EADS. Au-delà de ces principales difficultés, Airbus doit aussi faire face à la concurrence redoutable de Boeing qui profite pleinement de l’affaiblissement du Dollar (50% en 5 ans) et de l’appui du gouvernement des Etats-Unis. Pour y répondre et pour développer une gamme complète, Airbus a alors décidé de procéder au lancement d’un nouveau modèle, l’A350. Il doit donc assurer le financement de ce nouveau projet industriel qui s’élève à 10 Mds €. Il doit aussi intégrer les plus récentes évolutions  technologiques, et notamment celle des matériaux composites.

L’importance stratégique d’Airbus

EADS a été créé en juillet 2000 par le gouvernement de Lionel Jospin sur trois principes fondateurs : la construction d’un groupe à base européenne et à vocation mondiale (structure actionnariale : 22,49% Daimler-Chrysler, 29,75% Etat Français et Lagardère (dont 7,5 prévendus par Lagardère, 15% pour l’Etat), 5,44 pour l’Etat espagnole, 7 pour une banque russe, 35-37 en bourse) ; l’équilibre franco-allemand et l’exclusivité de l’engagement des opérateurs. Ce pacte fondateur est l’élément central qui fait l’originalité d’EADS. Principale filiale de construction d’avion civile d’EADS, Airbus est un enjeu crucial pour notre politique industriel. L’avionneur fait notre fierté par sa position de leader mondial, capable de damer le pion à son rival et seul concurrent, l’américain Boeing. Il est porteur d’un projet européen fait d’échange de cultures industrielles. Avec EADS, on a assisté à la création d’un très grand groupe européen. Au total, Airbus c’est, pour la France et pour l’Europe : 34 Mds € de chiffre d’affaire en 2005 et 200 Mds € de commande en cours ; des dizaines de milliers d’emplois directs et sous-traitants, beaucoup de valeur ajoutée pour notre économie et un atout pour notre commerce extérieur, une capacité unique de développement en hautes technologies, le savoir-faire de nos ingénieurs et de nos salariés, l’indépendance de la France et de l’Europe face à la volonté de monopole de l’Américain Boeing

La responsabilité accablante de la Droite Depuis 2002, l’Etat n’a pas joué son rôle d’actionnaire responsable : nous l’accusons de défaut de contrôle et d’anticipation.

Pire encore, en imposant la nomination politique de Noël Forgeard, la Droite a profondément déstabilisé le management de l’entreprise, mis à mal les relations avec nos partenaires allemands et a favorisé une logique purement financière. Ce qui a fait dire à Angela Merkel : « les hommes doivent payer pour les erreurs des manageurs du passé ».

La droite est donc pleinement responsable des erreurs industrielles et du scandale financier causés par ce dirigeant qu’elle avait mis en place.

Rappelons, en effet, que plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes et sont toujours en cours concernant de fortes suspicions de délits d’initié qui se serait produit à l’occasion des problèmes rencontrés avec l’A380 (plusieurs personnes morales et physiques auraient bénéficié de la connaissance anticipée de certaines informations pour vendre leurs actions au plus haut). Malgré ces catastrophes, Noël Forgeard démissionna et toucha 3 ans de salaires (sachant qu’il avait touché 2,33 millions € en 2005 !) Enfin, l’Etat n’a pas été capable de stabiliser l’actionnariat privé. Daimler-Chrysler et Lagardère souhaitent aujourd’hui se désengager, BAE est partie alors que des groupes russes sont à l’affût pour entrer au capital.

Les propositions de Ségolène Royal Dès l’annonce du plan, Ségolène Royal a exprimé sa solidarité envers les salariés d’Airbus et dénoncé l’injustice de la situation actuelle. Elle a rappelé les erreurs passées qui en sont responsables. Elle a affirmé fortement sa volonté de voir l’Etat français jouer pleinement son rôle stratégique.

Les propositions de Ségolène Royal s’articulent autour d’un principe essentiel et de quatre axes : Le principe : Faire primer la logique industrielle sur la logique financière. La logique industrielle doit être fondée sur une organisation industrielle optimale, une valorisation des compétences du personnel et des investissements. Nous devons assurer le renouvellement de la gamme d’avions pour que, face à Boeing, Airbus garde une présence complète

4 axes : Proposer une gouvernance partenariale plus effective. La gouvernance que la nouvelle co-direction du groupe et d’Airbus, avec Louis Gallois, souhaite mettre en place, intégrant plus de transparence, de rigueur dans le management, d’équité et d’éthique, doit être soutenue. Cette gouvernance partenariale repose aussi sur la nécessité de renforcer le rôle des représentants des salariés, notamment dans les rôles de veille et d’alerte, ce qui valide la proposition de Ségolène Royal de favoriser la présence systématique de salariés dans les conseils d’administration.

Stabiliser l’actionnariat du groupe. A terme, il est essentiel de combiner un actionnariat public responsable et un actionnariat privé fiable. Le premier intègre une vision stratégique de long terme, consolidant une Europe technologique et industrielle forte et prenant en compte l’avenir des territoires concernés. Le partenariat franco-allemand est à cet égard fondamental, avec le renforcement de l’Etat espagnol, et une entrée envisagée des italiens. Le second volet, l’actionnariat privé, doit s’engager, avec des groupes industriels à centres de décision européens, sur le long terme, ce qui correspond aux cycles longs des activités aéronautiques et spatiales. Par ailleurs, la crise d’EADS pose le problème de la valeur de l’Euro, et des principes qui guident l’intervention de la BCE (cf. propositions de Ségolène Royal à ce sujet). Il faut enfin soutenir un effort de recherche et développement, domaine stratégique tant négligé depuis 5 ans.

Les propositions de Ségolène Royal visant notamment à doubler le budget de la recherche et favoriser l’investissement privé dans ce domaine vont parfaitement dans ce sens. C’est sur la base de cette orientation que Ségolène Royal a pris l’initiative de rencontrer l’ensemble des organisations syndicales d’Airbus, le vendredi 2 mars, en présence du collectif des présidents de régions qui ont proposé, à la manière des länder allemands, d’entrer dans le capital du groupe pour le renforcer. Ensemble, ils ont décidé de constituer un groupe stratégique « Sauvons l’aéronautique » sur l’avenir de l’industrie et pour étudier les solutions alternatives à ce qui est proposé actuellement.

Deux logiques politiques s’affrontent Le dossier Airbus est exemplaire. Deux bilans et deux logiques s’affrontent : Alors que la Gauche a permis que se constitue une entreprise européenne, leader mondial, dans un domaine stratégique, la Droite l’a laissée à l’abandon et à la merci des intérêts privés. Aujourd’hui, alors que Ségolène Royal propose un plan d’action permettant une relance ambitieuse d’EADS afin de défendre notre industrie et l’emploi, Nicolas Sarkozy est à la recherche d’un improbable partenaire privé. Il est passif devant la crise et soumis à la logique du marché. Son principal porte-parole, François Fillon, déclare même que « les gouvernements ne doivent pas trop se mêler de l’organisation industrielle d’Airbus. » Et Nicolas Sarkozy, lui-même, suggère un désengagement de l’Etat en affirmant que celui-ci « n’est pas un actionnaire avisé ». Il est vrai que monsieur Lagardère dit de Nicolas Sarkozy qu’il ne le considère « pas comme un ami, mais comme un frère ».

Alors que se joue l’avenir d’Airbus, l’engagement de Ségolène Royal c’est agir juste et tenir parole.

Publié dans Coup de gueule

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article